Démystifier les mystères de la respiration

J’avais très hâte de m’asseoir et d'écrire mon premier article. Mon sujet préféré étant la respiration, c’était facile de choisir mon premier titre.

Ma professeure et mentore, Jane Randolph, professeure au Conservatoire de San Francisco me dit toujours « la technique est tout ce que tu dois inventer après avoir pris la mauvaise respiration ». Wow! Je me souviens d’avoir été ébranlée pas ces mots. Aujourd’hui, après 25 ans d’enseignement, je peux dire, sans hésiter, que cela est absolument vrai. C’est logique, le premier geste que je pose pour chanter c’est respirer, alors c’est le début de tout et si mon premier geste n’est pas correct, je vais devoir m’organiser autrement. Quelle phrase incroyable! (Pour moi les mots technique vocale signifient plutôt : « compréhension de mon instrument », « garder mon instrument libre et sain », non pas « place ton son ici et là, en avant, en arrière, plus haut, plus bas, lève ton palais, descend ton larynx… » Ouf!… Je n’ai déjà plus envie de chanter en pensant à tout ça !

Bon, retournons au sujet du jour. La respiration est divisée en deux : inspiration et expiration. L’inspiration devrait se faire naturellement, sans trop de tension. Les pires tensions pour le chanteur sont les tensions dans le larynx et dans le diaphragme. Je dois avoir le maximum d’air, une inspiration dynamique, sans créer des tensions. Si j’ai cette inspiration dynamique la nature prend la relève et je vais avoir une expiration dynamique mais souple aussi car mon diaphragme ainsi que mon larynx sont libres et cela devient mon soutien (j’écrirai plus sur ce sujet dans mon deuxième article) :-)

La première question que je pose à un nouvel étudiant c’est : « où sont tes poumons ? ». Au moment de formuler cette question, je vois une petite étincelle dans les yeux de l’étudiant qui se dit : « Ohhh... humm… Oui, ce serait une bonne chose que je sache çà ! » Je ne le fais pas pour mettre la personne mal à l’aise. D’ailleurs, nous finissons toujours par rire et par se dire « Ben oui, il faudrait bien le savoir ». Les réponses à ma question sont assez prévisibles : « Respire bas, gonfle le ventre, gonfle le bas du dos, etc. ».

Ma deuxième question est « Où est ton diaphragme? » Ah bien… une autre question importante :-) !!!

La nature nous a donné tout ce dont on a besoin pour chanter et nous devons partir de là. Un simple dessin de l’anatomie ou vidéo (voir en annexe) nous prouve que les poumons ne sont pas bas mais plutôt haut dans la cage thoracique. Le diaphragme qui se trouve dessous les poumons est comme un dôme, un muscle fort mais souple et élastique qui répond à l’inspiration et à l’expiration…. naturellement! Nous respirons toute la journée sans y penser et tout va bien. Mais au moment où le chanteur commence à penser à la respiration cela peut devenir très compliqué… très vite. Il est certain que la respiration de tous les jours ne suffit pas pour chanter; nous sommes comme des athlètes vocaux et nous devons produire un son acoustique qui va porter dans les grandes salles et ce,  sans nous épuiser, ou pire, nous blesser. Pour le chant, nous devons prendre une respiration que j’appelle un respiration « dynamique ».

Le chanteur doit à tout moment rester libre, mais comment faire? Je dis toujours à mes étudiants : « vous n’avez pas besoin d’apprendre quoi faire avec votre voix, elle est déjà là, vous devez simplement apprendre comment la garder libre à tout moment et c’est çà, pour moi, apprendre à chanter ». Bon, je ne dois pas me perdre dans mes idées, j’ai tellement de choses à partager avec vous, mais restons avec la respiration. :-)

 

Il est impossible anatomiquement de respirer « bas », mais respirer dans le bas de ses poumons, OUI absolument! Mais encore là, il faut savoir où sont les poumons, ce qui me ramène à la première question que je pose aux chanteurs. Je comprends que nous ne voulons pas respirer « haut » pour ne pas créer des tensions dans le larynx, ce qui empêcherait un son d’être libre. Comme je dis toujours à mes étudiants :  « tu ne peux pas respirer plus bas que tes poumons ». Et là encore, la petite étincelle dans leurs yeux qui me dit : « ben oui!! » Le mouvement du diaphragme lors d’une respiration est un léger mouvement vers le bas et surtout un mouvement d’étirement latéral qui pousse doucement sur les viscères et qui peut avoir pour conséquence de faire gonfler le ventre. Alors c’est ce mouvement qui porte à confusion. Ce sont les viscères qui sont poussés vers le bas et non l’air que l’on « respire bas ». Ceci est très bien illustré dans la vidéo en annexe.

Les grands maîtres du Bel Canto parlaient de chanter sul fiato « sur le souffle ». J’avais souvent entendu ces mots qui m’apparaissaient magiques et d’une grande vérité mais comment le faire? Puisque ma respiration/inspiration était inadéquate je ne pouvais pas être sur le souffle. Si je ne suis pas sur le souffle je ne suis pas en train de « soutenir » ma voix. Ce qui m’amène à mon prochain article : « Démystifier les mystères du soutien ».

Adrienne Savoie. Février 2018.

 

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